
C'est un depart tres lent aujourd'hui. Je traine beaucoup au petit dejeuner. Je ne sais pas trop quoi faire.
Je vais rencontrer un francais qui fait une partie de l'argentine et du chili a velo. Il s'appelle Herve, de Lyon, 38 ans. Il est en fin de parcours et n'a plus envie de se prendre la tete. Il reussit presque a me convaincre d'aller avec lui a Iguazu par le biais de l'auberge de jeunesse, qui propose un pack de voyage organise. Je vais hesiter une partie de la journee, et finalement je deciderais de prendre la route seul pour faire ce que je veux. Et puis surtout il fallait imperativement partir demain. J'ai quand meme mon probleme de billet d'avion a resoudre au plus vite.
Herve est a Buenos Aires depuis une semaine deja. Je m'incruste avec lui car il part a la Boca. C'est un quartier sensible alors je profite de pouvoir partir avec lui. Il y est deja alle la semaine derniere pour essayer de voir le dernier match de foot de l'equipe locale, le Boca Junior. Les supporters etaient tres excites. C'est une attitude applicable a tous ici, alors qu'elle ne concerne que de petits groupes chez nous. Ils ont eu droit a un supporter vehement qui leur a lance un caillou sur la vitre du bus.
Nous prenons un bus, d'ou Herve nous fait sortir en cours de route. Il s'est trompe entre le theatre et le congres ! Nous traversons donc une partie du centre a pied. J'ai droit a un petit apercu de la ville, et de son immense avenue centrale, large de plus de 140 metres. C'est apparement la plus large du monde. Ce qui est sur, c'est qu'elle est tres tres longue a traverser. Nous rejoindrons ensuite la Boca par un autre bus. L'erreur d'Herve, et donc l'utilisation de la monnaie pour l'achat du 2eme ticket, me vaudra un bon desagrement plus tard.
La Boca est LE quartier populaire de Buenos Aires. Il a ete cree par la vague d'immigres italiens de Genes. C'est un quartier pauvre d'ou il n'est pas recommande de sortir des sentiers battus.
C'est aussi un quartier avec des coins tres touristiques, dont le celebre Caminito. C'est donc pourquoi il y a beaucoup de policiers a pied et d'autres qui font des rondes en voiture.
Le Caminito est un quartier dans le quartier. Il se trouve juste en face du port en forme de bouche, d'ou le nom La Boca. Les maisons sont tres colorees. Quelquefois en toles, elles associent des pans de couleurs uniformes. Le tout donne le ton sur l'esprit du quartier. Il y a quelquechose de boheme ici. L'art y est predominant. D'ailleurs des galleries exposent des toiles superbes. Mais la rue est aussi lieu d'exposition.
Et puis il y a le tango. C'est plutot commercial mais c'est beau quand meme. Des couples dansent dans la rue devant l'admiration du public. A ce niveau la, cette danse a un aspect magique et envoutant. Le cote glamour y est tres pousse. Un beau couple de tango est constitue d'un homme habille sur son 31 et avec un style tres annees 30. La femme est sexy, en talon et en resilles. La robe est ouverte sur le cote, ce qui lui permet, sur la note finale, de serrer le cavalier tout en montant sa jambe decouverte au niveau de son abdomen.
Je quitte rapidement Herve car il apparait vite que nous sommes tres differents et surtout que nous voulons chacun faire ce que nous voulons tranquillement.
Je me laisse envouter par les notes de tango qui proviennent de partout. Je decide de faire passer mon tres mauvais sandwich en allant boire un cafe dans un cafe a tango. Rarement prendre un cafe n'aura ete aussi agreable. Je me laisse vraiment bercer par la magie de l'instant. Il fait beau, je suis dans un cafe d'un quartier populaire de Buenos Aires, et j'ecoute des musiciens jouer du tango a l'ancienne. Ils sont deux musiciens. L'un est vieux, l'autre est tres vieux. A l'heure ou j'ecris ces lignes, deux semaines se sont deja ecoulees. Et pourtant je me souviens parfaitement du visage de ce vieux violoniste. Il y avait de la magie sur son visage. Concentre pendant qu'il jouait, il ressortait de la melancolie de son expression et de son instrument. Et puis quelquefois il se tournait son regard vers moi, et nous echangions un sourire. Son sourire atypique exprimait la bonte, la douceur et la simplicite meme. Mon dieu que ce papy etait beau quand il me souriait.
Et puis de temps en temps un couple fait une demonstration de tango. La fille est d'une grande beaute, et bien sur tres sexy. Au moment meme ou j'allais quitter le bar, la fille en question vient me voir pour m'inviter a danser. Mais c'est pas possible ! Pourquoi moi ? Le cafe-restaurant est plein de monde ! Je refuse en pretextant (ce qui est vrai) que je ne sais pas danser. Mais elle insiste et ne part pas. Je vais refuser encore un peu, et puis un client me fout la pression et alors j'y vais. C'est trop la honte pour moi. Elle porte une superbe robe, est toute belle. Et moi je suis avec mes pauvres baskets, ma polaire et ma gore-tex a capuche que je n'ai pas eu la presence d'esprit d'enlever sur l'instant. Plus disparate que ca, tu meurs.
Des gens applaudissent ma pauvre prestation. J'essaie surtout de ne pas lui ecraser les pieds. J'ai droit a une photo ou elle mets sa jambe decouverte a hauteur. J'ai l'air trop con sur cette photo. C'est n'importe quoi ! J'ai ete tellement concentre pour eviter de faire pitie, que je ne me suis meme pas apercu que je tenais une bombe sexuelle dans les bras. Finalement ca me fait une anecdote amusante.
Apres etre fnalement sorti du cafe, je pars en direction du stade de football. C'est un peu a l'ecart mais encore pas trop loin du lieu touristique. La presence policiere a quasiment disparue. Je traverse un endroit tres pauvre et l'allure plutot craignosse. Je ne traine pas trop et m'approche du stade. Il est particulier par sa forme. Mais il est surtout tres celebre en Argentine. C'est l'antre de l'un des deux clubs phares du pays, le Boca Junior.
Je rentre dans la boutique du club, juste en face. Normalement dans une boutique de club, on trouve essentiellement des maillots de l'equipe avec les noms des joueurs actuels dans le dos. Ici c'est tres different. Et la je vais soudainement etre stupefait de decouvrir que dieu existe ! On peut le representer. Jesus et Mahomet ne sont pas ses prophetes. Son temple n'est pas une eglise, ni une mosquee, mais le Boca Junior stadium. Son nom n'est pas Allah, mais Diego Armando Maradona !!!
Le magasin est presque entierement dedie a sa gloire. Ca doit faire 25 ans qu'il a quitte le club, mais sa legende est intacte. On trouve presque tout concernant El pibe de oro. Il ne manque que les livres. Sinon plus de 80% du magasin sont dedies a des videos, des posters et autres gadgets a son effigie. Mais l'article phare est le maillot de foot Maradona. On retrouve le maillot argentin de la coupe du monde 1986, qu'il a marque de sa classe. On trouve meme de vieux maillots du Napoli des annees 80 ! Et ensuite il y a des t-shirt evoquant la gloire du dieu. On le retrouve a cote du Che. Le plus etonnant etant celui arborant le schema du but du siecle selon les argentins. Celui marque en 1986 contre l'angleterre. Pas la fameuse main de dieu, mais le second et extraordinaire but, qui renvoya la perfide albion a ses etudes. Je savais que les argentins aimaient le foot et Maradona. Mais a ce point la !!!
Apres quelques heures passes a la Boca, je decide de partir au centre ville. Et je vais me retrouver face a un probleme. Je n'ai pas assez de monnaie pour payer mon ticket dans la machine. Le chauffeur n'a pas le droit d'en vendre. Je vais alors faire un etonnant tour des commercants du quartier. Tous m'auront refuse de me faire de la monnaie sur un billet. Il faut que je consomme. Une insiste meme pour que je lui achete un mug. Meme le bureau de change me refuse de facon tres impolie. Ca vaudra au mec une mauvaise remarque de ma part. Je decide de tous les emmerder, et je prefere donner cet argent a madame pipi. Je n'ai pas envie mais j'y vais quand meme. Et bien pas de chance : c'est gratuit ! C'est finalement une touriste urugayenne qui va me sauver la mise. Je m'en souviendrais de celle-la. Pendant les jours suivants, je vais prendre un malin plaisir a payer tous mes achats en billet et en retorquant que je n'ai pas de monnaie.
Je pars au terminal omnibus pour confirmer les infos que j'ai pour Iguacu. Je trouve finalement un billet beaucoup moins cher que les autres. Je reviendrais pour l'acheter quand j'aurais definis ma strategie pour les jours a venir.
De la, je vais rejoindre a pied la celebre place de mai. C'est la place la plus connue de la ville. C'est notament ici que se trouve la casa rosada, la maison du gouvernement. C'est de son balcon qu'Evita faisait ses discours au peuple.
Pour m'y rendre, je traverse LA rue commercante de la ville. Totalement interdite a la circulation, on peut y faire son shopping. Un vrai paradis pour les demoiselles. Il y a des spectacles de tango dans la rue. C'est toujours aussi beau et envoutant. Un trio fait notament une superbissime prestation. Les deux hommes essayant de s'atirer le coeur de la femme. Ils delivrent un vrai spectacle. A ce niveau la, c'est beau.
La nuit tombee, je me dirige vers San Telmo. C'est glauque et sombre. Mais je decide quand meme d'y demenager demain. C'est apparement le centre du tango, et c'est proche du centre.
Quand a Palermo, je retourne y faire un tour de nuit. Le groupe de l'auberge part dans la nuit en soiree electronique. Moi je preferais plutot voir un spectacle de tango, ou bien un concert live. Mais ma deuxieme soiree ici sera aussi decevante que hier. C'est maintenant plus que sur, je demenage demain.
De retour a l'auberge, tout le monde est en bas, en train d'attendre bruyament de partir en boite. Dans mon dortoir, l'israelien dort encore et toujours. Il m'explique qu'il a un coup de barre monstrueu depuis hier. Je vois ca ! Il fait toujours aussi froid. Je sens que je vais passer une sale nuit.
A toute chose malheur est bon. J'entame mon parfum achete en Malaisie. J'ai fini le 1er, un Hugo Boss, surtout pour desodoriser mes vetements en chaussures. Pour 10 francs, je parfume mes pompes au Hugo Boss. Je suis comme ca moi !
Je sais bien que j'ai achete de la contrefacon, mais le 1er etait plutot bien. Je decouvre ce soir que je me suis asperge un peu rapidement avec un faux Ralph Lauren qui sent tres mauvais. Effet repoyssant assure. Et dire que je me trimbale ce lourd parfum depuis des mois. Il m'a bien eu sur le 2eme ce petit malais. Mais la bonne nouvelle, c'est que je vais pouvoir m'alleger facilement.
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