
Lever a 5h ce matin. Je retrouve dehors les autres membres du groupe. Tout le monde a la tete dans le cul. Anne et Lucie ne font pas partie du voyage. Elles ont choisie l'option individuelle avec un bus pass. Elles acheteront un tour pour le centre rouge une fois arrive a Alice Springs.
Le programme des trois prochains jours est clair. Nous devons rallier Darwin a Alice Springs, en plein centre de l'Australie. Pour ce faire, nous parcourerons la mythique Stuart Highway, qui descend en fait jusqu'a Adelaide.
La Suart Highway porte le nom de l'explorateur qui a en premier reussi a traverser le continent du sud au nord. Il a du s'y prendre a plusieurs fois tant les conditions etaient difficiles. Il y arrivera finalement en 1860.
La route qui relie Darwin a Alice Springs est connue sous le nom de ''the track''. Jusqu'a la seconde guerre mondiale, ce n'etait qu'un long chemin boueu de 1515 km. L'emprunter en periode des pluies relevaient alors de l'expedition de la mort. Aujourd'hui la route est goudronnee et tres praticable.
Notre guide s'appelle Keith. Il a 34 ans et est tres different d'Andy. Il est plus mur et moins foufou. Il n'en reste pas moins extremement sympa, mais ca ne suffit pas a reveiller les deux suissesses.
Le programme d'aujourd'hui est simple, comme celui des deux prichains jours d'ailleurs. Il faut rouler, rouler et encore rouler. Peu de haltes touristiques pendant trois jours. L'interet etant de traverser ces paysages differents, et de gagner le desert.
Nous devons faire une petite etape aujourd'hui. Seulement 300km sont a effectuer pour rejoindre les environs de Katherine. Je monte devant a cote du chauffeur. J'aurais ainsi droit a voir les paysages en panorama pendant trois jours.
La Stuart Highway est une succession d'enormes lignes droites qui se perdent dans l'horizon. Le paysage de ce matin est connu car nous retraversons la region de Litchfield.
Nous arrivons a notre camp de ce soir pour notre lunch. C'est un super camp perdu dans la nature.
Il y a un grand lavabo et il fait tres chaud. J'en profite donc pour faire une lessive. Le linge sera seche lorsque nous reviendrons tout a l'heure. Il fait aujourd'hui 40° a l'ombre. Une femme du camp me voit en train de frotter mon linge. Sa reaction stupefaite montre a quel point l'australien moyen doit etre loin d'en faire autant. Elle me regarde interloquee et me demande si j'ai ete domestique !!!
Nous partons visiter les Katherine gorge cet apres-midi. Elles se trouvent dans le Nitmiluk national park. Il s'agit d'une succession de 13 gorges separees par des rapides. Comme ce n'est toujours pas la bonne saison, nous ne verrons que les deux premieres. Mais ca ira bien comme ca. Deux heures de viree suffiront pour apprecier ces quand meme jolies gorges taillees dans la meme roche que celle du parc de Kakadu.
Le point de depart du bateau est tres sonore. Les arbres sont remplis de chauve-souris enormes. De temps en temps elles s'envolent en groupe. C'est la premiere fois que j'en vois aussi distinctement. Contrairement a ce que je pensais, elle sont plutot jolies. Cette espece ressemble plutot a une fouine avec des ailes de chauve-souris. Il y en a des centaines et des centaines. Elles essaient de dormir je pense mais en plein jour et avec l'activite, ca parait impossible. C'est beau a voir.
Nous nous arretons a Katherine avant de rentrer au camp, pour que les saouleaux puissent refaire leur stock de biere bien sur.
Nous sommes alle dans un grand supermarche woolworth. C'est un supermarche exactement comme il y en a chez nous. La disposition logique des produits est juste un peu differente. Pas grand chose a dire car on trouve de tout pour faire de la bonne cuisine si on veut. Dans le registre ridicule, je decerne la palme aux sauces Paul Newman. L'effigie de l'acteur changeant de deguisement en fonction du theme de la sauce.
Katherine est une ville de 6720 habitants, ce qui en fait de loin la plus grande ville entre Darwin et Alice Springs, sur donc pres de 1500 km.
C'est une ville sans interet. Comme d'habitude, on y voit des aborigenes allonges dans l'herbe, a moitie defonces pour quelques uns. Ca fait vraiment pitie a voir cette population desoeuvree en plein milieu du desert. Ils ont acces a l'assistance medicale a cote du centre commercial. On en voit un certain nombre avec des bandages et des platres. Comment se font-ils ca alors qu'ils ne font rien de la journee ?
L'histoire aborigene est un veritable poids pour l'Australie. Ce sont eux les premiers habitants du pays. Ils y sont arrives il y a au moins 35000 ans. Peuple nomade au langage parle et sans ecriture, sans bien, ni rien du tout, ils ne rentraient pas dans les criteres d'expansion des anglais. Les explorateurs du 19eme siecle les ont exclus de leurs terres sacrees dans l'outback. Les aborigenes ne s'etaient pourtant pas comportes comme des sauvages car ils ont aides les anglais a trouver les meilleurs coins.
Les statistiques demographiques ont alors toujours exclus les aborigenes, qui n'ont obtenu la citoyennete qu'en 1967. Le plus incroyable est le plan d'integration qui a vu le siecle dernier, et ce pendant des decenies, des enfants enleves a leurs parents pour etre eleves par des familles blanches de l'autre cote du pays. On
Disait ensuite aux enfants queblleurs parents etaient morts. Les enfants etaient bien souvent maltraites par les familles blanches qui les consideraient quelquefois comme des esclaves. Ces enfants font partie de ce que l'on appelle ''la generation perdue''. Ce n'est pas le Sorry Day instaure par le gouvernement qui peut permettre de panser les plaies.
Les 30 dernieres annees ont vues une serie de lois et de decisions de justice rendant un peu de dignite a cette ethnie. Ils sont redevenus proprietaires d'une grande partie de leurs parcs, que le gouvernememt leur loue pour continuer ses activites.
Ce n'est a mes yeux qu'une facon d'acheter la paix sociale a moindre frais. Les aborigenes sont pauvres et demunis face a la nouvelle societe qui leur est proposee. Comme ils ne peuvent plus vivre en nomade comme avant, et que l'apprentissage de l'anglais est bien difficile, comme n'importe quelle etude, ils se retrouvent exclus de tout. Ils recoivent de l'argent du gouvernement a ne rien faire, si ce n'est de vegeter dans l'herbe. Les australiens blancs sont degoutes de cet argent ''donne''. Ils oublient juste qu'ils leur ont pris leur terre, ote leur style de vie et qu'ils ne leur ont donne aucune chance apres les avoir reprime. Je vois plutot ce don d'argent comme une taxe ou penalite tout a fait justifiable pour qu'ils puissent continuer a vivre tranquillement comme des gros beaufs dans le plus pur style americain.
Comme nous ne sommes pas nombreux dans le groupe (une dizaine seulement), je me retrouve seul dans mon abri. Je retrouve le plaisir de m'etaler et de retrouver un peu d'intimite.
Il fait encore bien chaud. Un hollandais prend un serieux coup sur le casque en tapant des heures dans un ballon tout en s'envoyant des bieres. Il est deja raide alors que la soiree n'a pas encore commencee. Il chante comme un derate pendant des heures. Je devrais plutot dire qu'il beugle. Il cherche une copine et le pauvre ne se rend meme pas compte que les filles se foute toutes de sa gueule.
Il s'expose au soleil sans t-shirt ni protection sur la tete. Il devrait faire attention car ici le soleil est ravageur. Le taux de cancer de la peau atteint d'ailleurs 50% en Australie.
La soiree va etre bien tranquille, malgre la forte quantite de mouches et de moustiques dans l'outback.
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