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Inde - Mumbai (Bombay)


de Enzo, 07-11-2005

La cour des miracles ( I )


J'ai finalement dormi un peu cette nuit. Difficilement et inconfortablement mais je ne suis pas totalement eclate au reveil. Je continuerai meme bien a garder les yeux fermes si ce n'est que quelque chose me dit qu'il faut que je regarde dehors. Il est 6h, le jour se leve sur Bombay dont nous traversons la banlieue.

Bombay est une megalopole de plus de 15 millions d'habitants. Combien aujourd'hui ? 16 ? 17 ? 18 ?
Elle etait il y a 5 ans la 5eme mondiale et devrait arriver en seconde position dans 10 ans avec 27 millions d'habitants. Mon etat de fatigue m'aide a me donner l'illusion que je suis en train de rever. Je suis tranquillement allonge dans ma cabine, cache derriere mes vitres fumees. Heureusement d'ailleurs qu'on ne peut me voir de l'exterieur. J'ai vu pas de misere lors de mes precedents voyages, et meme lors de celui en cours. Mais je ne me suis jamais senti aussi deconnecte de l'environnement que je visitais. Le bus avance tranquillement le long de la route et je peux decouvrir avec effroi ce que peut etre la vie des pauvres indiens. J'ai ete epargne jusqu'a present car j'ai visite le Rajasthan, une partie relativement riche de l'Inde. Ma courte visite a Delhi s'est passee de nuit. a misere que j'y avait vu n'etait rien a cote du tableau que j'ai sous les yeux. Pendant des kilometres et des kilometres nous allons traverser des bidonvilles incroyables. Des constructions insalubres, quelquefois des assemblages de toles dont on se demande comment les differents etages peuvent tenir. Il y a de partout des gens qui vivent dehors en bord de route. Les plus riches ont une tente ou bien des cartons ou de la tole pour se proteger. Les plus pauvres n'ont que du plastique. Ils sont dans un etat pitoyable. Ils sont sales, semble vivre dans une autre vie. Comme si un mur invisible nous separait. Nous n'habitons pas la meme planete. Je n'en crois pas mes yeux de voir autant de misere. Je le savais pourtant, mais la c'est carrement choquant. Si je m'arrete pour y reflechir, j'en aurais les larmes aux yeux. Des tas d'imondices delimitent les endroits ou dorment les gens. Pour eux aussi le journee commence. Mais que vont-ils faire ? A quoi consiste une de leur journee ? Qu'elle peut bien etre leur esperance de vie ? La vie justement, ils en semblent depourvus. J'ai l'impression de voir evoluer des corps sans ames. On dirait un camp de zombis. A bien y regarder ils sont deja mort. Sales et rachatiques, sans rien, je me demande de quoi ils se nourrissent. Ils avancent tout doucement sans aucune expression dans leur regard. J'ai l'impression qu'ils ne nous voient pas. Et pourtant nous sommes seulement a moins de 5 metres. Je suis vraiment mal a l'aise devant ce spectacle. Seuls les enfants ont de la vie. Leur merveilleuse innocence leur epargne la comprehension de la misere de leur existence. Certains courent et rient. Certains sont nus. Ils ont tous dormis a meme le sol et cet espace ne leur offre rien de bon. Seuls les chiens semblent a leur avantage ici. Tout est relatif cependant. Ils sont rachitiques aussi, comme tous ceux que j'ai vu jusqu'a aujourd'hui, mais ils peuvent au moins rechercher quelque chose a manger dans les tas d'ordures. Sans faire de philosophie de comptoir, je pense qu'ici il vaut mieux etre un chien qu'un homme. Et dire que tres loin au fond, on apercois des tours. Ce triste et malheureux spectacle durera bien longtemps avant que nous entrions dans une partie urbaine "normale".

Une fois arrivee au terminus du bus, j'ai la desagreable surprise de voir que nous sommes encore tres loin de ma destination, le quartier de Colaba. Le prix des taxi est exhorbitant et je me laise convaincre par des indiens d'y aller un bus. J'ai de la chance car le bus demarre dans cet endroit. Je peux entrer avec mon gros sac a dos. Deux arrets apres il est deja bonde. Des gens sont suspendus a la porte, le corps a moitie dehors. J'ai encore de la chance car je m'arrete au terminus. Je n'aurais jamais pu sortir ailleurs avec cette foule. La traversee sera longue. Arrive au fort, il me reste encore a aller au quartier de Colaba et de trouver mon hotel. La marche et la recherche seront encore bien longue. J'arrive enfin vers 11h a l'enfroit ou je vais dormir ce soir : l'armee du salut !

L'hebergement est un point noir de Bombay. Les chambres d'hotels sont cheres et peu nombreuses. Je ne parle meme pas de l'etat de proprete. J'ai donc choisi d'aller dormir en dortoir dans un lieu qui recueille les routard en perdition comme moi. Je ne sais pas si ce batiment a reelement servis a la Salvation Army, mais c'est son nom. Quand je decouvre les installations je me dis que oui, c'etait probablement bien l'emplacement de l'armee du salut. Le prix du lit est a peu pres correct. Je vais pour prendre possesion de mon lit quand j'arrive dans un dortoir completement plein d'hommes allonges en slip, ecroule sous une chaleur suffocante. Je retourne voir les responsables, et encore un coup de chance, on m'ouvre un dortoir pour moi tout seul. Grand espace propre avec salle d'eau privee. Comme un roi. Le littage est tres crade cependant.

Je prends une douche et fais mon habituelle lessive. Je suis toujours epate par la couleur de l'eau apres y avoir trempe un seul maillot. Je me rappelle qu'a Jaisalmer l'eau ressortait tres noire a pres chaque vetement. Et pourtant j'ai l'impresion d'etre propre. Il faut dire que j'ai pris ma derniere douche chaude a Varanasi. Et dire que je n'ai pas emporte de gant de toilette. Quelle erreur... Je me reconforte en me disant que nous nous lavons trop souvent en France et que cela est mauvais pour la peau. Au moins, avec la couche de crasse que je trimballe j'ai l'assurance que ma peau sera bien protegee !

Apres un lunch a prix tres competitif a l'armee du salut, je pars a la decouverte de Bombay malgre la chaleur et la fatigue. Je suis dans le quartier de Colaba. C'est un quartier chic et non representatif de la ville. On pourrait se croire n'importe ou ailleurs. Et on est surtout tres loin du spectacle de ce matin. Je vais faire un tour du cote de l'Indian Gate, arc de triomphe a la gloire du roi George V, puis je vais ensuite faire un tour dans l'endroit le plus chic de la ville, l'hotel Taj Mahal. L'interieur deborde d'opulence. C'etait le lieu de rencontre de l'aristocratie britannique du temps de la colonisation. Je ne reste pas longtemps dedans car je n'ai rien a faire ici. Je pars ensuite a la recherche d'une adresse que m'a donne Ken. Un rabatteur m'amene au fameux Delight hotel que je recherche. L'endroit est moins cher et je peux locker mon sac. Mais l'endroit est bien differement frequente aussi. Les routards de l'armee du salut font place a des musulmans arabes et africains. Le patron m'accueille avec sa tenue d'integriste et sa barbe a la Oussama. Je ne vais finalement pas venir ici. J'aurais la confirmation quelque secondes apres que l'endroit est mal fame. Le rabatteur me suis dans la rue et me propose une fille si je le veux. Jusque la je ne suis pas choque, ce n'est pas la 1ere fois qu'on me propose une pute. Par contre la suite est degoutante. Il me propose une fille de 15 ou 16 ans. C'est moi qui choisi. Je lui dis que ca me parait bien jeune pour faire ca. Il me dis qu'il en a de tous les ages. Je lui dis alors que ma remarque etait faite en rapport a l'etat de mineure de la fille. Il me dit qu'en Inde c'est permis. Et oui, en Inde tout est possible. Il a vraiment l'air Patibulaire. Quand je pense au prix qu'il me donne, chambre comprise pour une heure. J'imagine combien d'argent il doit rester a la famille de cette pauvre gamine qu'on envoie a l'abattoir. Quand a elle, je suis sur qu'elle ne verra jamais la couleur de l'argent. Comment quelqu'un peut accepter de se retrouver en face d'une fille de 15 ans qu'on envoie de force pour subir des assauts sexuels. C'est degoutant. C'est du viol. Mais s'il me propose c'est que certains doivent accepter. Ca me confirme bien qu'il ne faut pas que je repasse dans le coin.

Je reste quand meme un peu dans le quartier, le temps de confirmer mon vol de dans 3 jours. Le appareils sont dans la rue et a la difference des autres, il faut y mettre des pieces de 1 roupie. Je n'en ai pas alors on m'en apporte une. Je m'y prendrai a plusieurs reprises pour confirmer ce vol. Changement de numero, coupures, mise dans le vent... A un moment je raccroche brutalement le telephone en hurlant des choses pas catholiques. Les gens me regardent interloques. J'ai l'impresion a ce moment la que je n'y arriverrai pas. Quelle energie j'ai depense depuis plusieurs jours pour cette miserable confirmation de vol. J'y arriverrai finalement le coup suivant.

Je me dirige ensuite du cote de Victoria station. Dans ce quartier figurent tous les signes de l'ancienne presence britannique. Le batiment sont tous de style anglais du 19eme siecle. Imposants et beaux, mais on se croirait en Europe.

Je vais ensuite du cote de Crawford Market. Et la j'assiste encore une fois a un spectacle etonnant. Le marche est divise en plusieurs secteurs a frontiere invisible. Je tombe tout d'abord sur un endroit ou des gens tri des tas d'ordures afin d'en recuperer des objets. Il y a des vieux et des gamins qui travaillent egalement ici. C'est incroyablement sale. Ils trient a coup de pioche. Ils en retire des objets dont personne ne voudrait chez nous. Quand je vois ca je me dis que tout est recuperable dans nos decheterries. Juste a cote se trouve l'endroit ou on tue les animaux. Un homme est encore en train de depecer une volaille. Les viceres sont jetees au sol et mangees par des rapaces. Je leve la tete et apercois des dizaines de rapaces qui tournent a la recherche de nourriture. L'hygiene laisse serieusement a desirer. Je ne suis pas chochotte mais la c'est quelque chose. J'arrive ensuite au marche aux fruits. Ici ca va aps mal. L'endroit est meme assez agreable. Juste a cote j'arrive dans un espece de bazar ou se tient des couloirs d'echoppes en tout genre, produits d'entretiens, boissons, produits manufactures et vollailles fraiches !!!

Je pars ensuite a la recherche de Naal bazar pour decouvrir la partie exclusivement feminine de ce marche. C'est un endroit ou ne figurent que des femmes qui vendent des saris de toutes les couleurs. Il parait que l'effet est saisissant. Je vais marcher longtemps dans differents quartier de Bombay avant d'y arriver. Je redecouvre que l'Inde c'est quelquefois n'importe quoi. Tout est melange, la circulation est anarchique, le train de la vie est etouffant. Je deambule tant bien que mal et me perds souvent. Je traverse des endroits sans logique. Tout se resemble et rien ne se ressemble a la fois. L'heure avance et je dois vite trouver ma route car les gens me regardent bizarement. Je suis tres loin des endroits touristiques, la nuit arrivera dans 1 heure et il y a beaucoup de barbus a l'air louche. J'arrive enfin a Naal bazar. je ne trouve pas l'endroit des saris. Je ne m'attarde pas dans ce marche qui ne manque pas de charme. Je repars a la traversee de Bombay. Qu'est ce que c'est eprouvant. Il faut se frayer son chemin en permanence. En plus c'est l'heure de sortie des bureaux. Je suis dans la nasse.
Je suis creve au moment ou j'arrive enfin a l'hotel. J'ai un petit mal de crane mais rien de grave. La chaleur moite y est sans doute pour quelque chose. Je ne suis pas mecontent de ma journee, meme si j'ai vu de tout aujourd'hui. Je n'oublierai pas tout ca de sitot.

Bombay est surprenante. Elle m'offre une image de l'Inde que je n'avais pas encore vu. La ville melange immeubles et bidonvilles. Les riches y cotoient les pauvres sans leur acorder aucune attention. Les traces de la periode britannique sont partout dans les quartier huppes. Je sais maintenent ou se trouvent les vieux bus londonniens. Ils sont a Bombay. Ils font peine a voir mais ils avancent, bondes comme il se doit. Il y beaucoup de barbus dans cette ville et pas du tout de vaches sacrees. Le cote positif c'est qu'il n'y a pas de bouses a eviter.

Je me retrouve enfin dans ce leiux paisible qu'est l'armee du salut. Il y a de tout ici. Beaucoup de jeunes routards du monde entier, mais des vieux aussi. On y mange pour presque rien de la bonne bouffe continentale bien lourde : pate, puree. Je suis meme rentre dans un Mac Do cet apres-midi. Et bien j'ai resiste et j'en suis ressortis sans rien acheter. Il faut dire qu'il n'y avait pas Ronny pour m'acceuillir avec son legendaire sourire !

Je vais faire un tour de nuit dans ce quartier repute pour ses milliardaire. Apparement il y a beaucoup de milliardaire arabes dans le coin qui ont quitte Beyrouth. Ils sortent souvent le soir en compagnie de leurs femmes totalement voilees. Je ne verrai rien de tout ca. Je me ferais juste accoster par un barbu qui me demande de faire une donation a l'Islam. Je lui explique que je ne donne deja pas a l'eglise, alors il perds son temps avec moi...

De retour dans ma chambre j'effectue un geste quasiment inconnu pour moi : je me coupe les ongles.

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